Valley of love : sublime simplicité

La sylphide et le géant. C’est la rencontre que nous propose Guillaume Nicloux dans Valley of love, road movie immobile dans les splendeurs de la vallée de la mort en Californie. La fluette et pleine de grâce Isabelle Huppert retrouve le puissant et ogresque Gérard Depardieu pour un étrange voyage au cœur de sites grandioses sous une chaleur de plomb. Ils ont rendez-vous avec leur fils, Michaël, qui s’est donné la mort quelques mois auparavant. Si Isabelle, rongée par le sentiment de culpabilité, espère beaucoup en cette promesse de retrouvailles en marge de la vie, Gérard, lui, est persuadé de l’inutilité de ce périple. Personnages égarés tant géographiquement que psychologiquement, les deux parents – séparés de longue date – s’ouvrent pourtant peu à peu à l’éventualité de tous les possibles.

D’une magnifique simplicité, le scénario de Guillaume Nicloux joue avec les frontières entre réalité et fiction, efface toute distinction entre acteurs et protagonistes. Isabelle et Gérard, comédiens dans la vie comme à l’écran. Cette volonté « documentaire » a pour effet de décupler la portée des brèches fantastiques : une rencontre nocturne singulière, une découverte déconcertante dans une station service, une présence dans le sommeil… Quant aux notes de Charles Ives, contemplatives et mystérieuses, elles s’apparentent à des lucarnes ouvertes sur le gouffre de l’incompréhensible. The Unanswered Question. Difficile de faire plus explicite.

J’ai été subjuguée par Valley of love et ses deux acteurs, superbes, majestueux, à la hauteur de leur mythe. Une Isabelle Huppert aussi fragile que déterminée, un Gérard Depardieu colossal et magnétique. Les paysages époustouflants, la BO énigmatique, l’étonnante sobriété de la réalisation font de ce film une oeuvre belle et inquiétante, rien moins que les caractéristiques d’un objet de coup de foudre.

 

Rendez-vous sur Hellocoton !