Une laborieuse entreprise : tragi-comédie de la dispute

Une chaude nuit d’été dans un camping. En quête de fraîcheur, Leviva se décide à dormir à la belle étoile. Yona Popokh, son mari, ne tarde pas à pointer le bout de son ivresse. Abattu par les vapeurs d’alcool, il laisse vagabonder son esprit dans un semblant de clairvoyance : 30 ans de vie avec une femme qu’il n’aime plus, un quotidien d’une banalité affligeante, une jeunesse foutue. Assez ! Yona renverse la dormeuse de sa couche. C’est l’heure du grand déballage, des accusations et des quatre vérités, de la recherche d’un coupable pour cette existence ratée. Mais Leviva a de la ressource et connaît son mari. La diatribe ne restera pas sans suite. Yona veut une dispute? Leviva y pourvoira !

Une laborieuse entreprise - afficheA travers Une laborieuse entreprise, le théâtre de Poche Montparnasse fait entendre la voix de Hanokh Levin, dramaturge réputé pour ses critiques acerbes de l’Etat d’Israël, mais qui ne tend pas moins à une certaine universalité dans cette pièce atypique sur les échecs d’un couple ordinaire. Pour preuve ces deux seniors assis au premier rang qui n’ont cessé de croiser leurs regards tout au long de la représentation, le sourire aux lèvres. On ne peut pourtant pas dire qu’Une laborieuse entreprise soit une franche comédie. Les échanges entre Yona et Leviva sont durs, cruels, d’une réalité détestable. Et puis, au détour d’une récrimination, la complicité resurgit. La force de l’attachement aussi. L’intrusion du voisin, le triste Gounkel, déclenche le réflexe de la solidarité face au malheur. Gounkel, c’est la solitude, le vide, l’anéantissement. Il rappelle aux belligérants que le couple est une assurance contre l’oubli : dans la détestation même, on existe aux yeux de l’autre.

Avec un décor piqué à la famille Groseille et des comédiens grimés comme des clowns russes, la metteur en scène Myriam Azencot a choisi une exagération justement dosée pour une identification toute en distance. L’humour passe, la noirceur aussi, mais elle n’affecte pas le psychisme : après avoir vu un couple s’étriper pendant 1h20, on sort avec la banane !

(Photo : Jean Henry)

 

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