Théâtre : mon top 10 de la saison 2014-2015

Dernier jour du mois de juin, l’heure de faire les comptes ! Alors que la délocalisation massive des productions théâtrales vers Avignon se prépare et que Paris se vide de ses artistes pour l’été, c’est le moment de faire un petit bilan de la saison qui s’achève.

Cette année, la capitale a dû faire face à un véritable tsunami de nouveautés et reprises en tous genres. Pourtant, le nombre de théâtres n’a miraculeusement pas doublé. Il faut plutôt chercher la cause dans une rotation beaucoup plus rapide de la programmation des salles, ne laissant que peu d’espoir aux pièces qui ont besoin de temps pour trouver leur public. Si l’afflux de l’offre pouvait au premier abord sembler bénéfique d’un point de vue créatif, il n’en fut rien, les productions mercantiles sans grand intérêt ayant monopolisé les salles à grands coups de têtes d’affiche télévisuelles. Au final, bien rares furent les pépites.

Si je suis loin d’avoir vu tout ce qui s’est monté au cours de la saison, j’ai tout de même assisté à plus d’une soixantaine de spectacles qui m’ont démontré, sans surprise, que ce n’est pas dans les plus belles salles qu’on trouve les meilleures répliques.

Il y eu tout de même des instants de grâce, je vous ai d’ailleurs dégagé un top 10 bien sympa qui vous donnera un aperçu des théâtres généralement gages de qualité.

Saison théâtrale 2014-2015 : le top 10 du poisson

(Je précise que les pièces sont classées par ordre chronologique et non qualitatif.)

Deux hommes tout nus, théâtre de la Madeleine

Fabuleux coup de maître de Sébastien Thiéry qui manipulait bien plus son public que ses personnages, au risque de laisser planer le doute sur une homophobie sous-jacente. La présence de l’excellent François Berléand ne gâchait rien à la fête.

Les Cartes du pouvoir, théâtre Hébertot

Hormis une mise en scène du tonnerre et une intrigue saisissante, la pièce de Beau Willimon version française nous offrait près de deux heures en compagnie de Raphaël Personnaz, ce qui équivaut en capital bonheur à se faire doubler par un groupe de pompiers en plein footing chaque matin pendant deux semaines.

Visites à Mr Green, Comédie Bastille

La combinaison parfaite de l’humour et de l’émotion avec cette rencontre entre un vieil homme reclus et un jeune cadre. La nomination à quatre Molières en 2002 ne fait aucun mystère.

Chère Elena, théâtre de Poche Montparnasse

Sans nul doute, la pièce la plus déstabilisante de la saison. Quatre lycéens s’adonnent à un jeu de torture psychologique envers leur professeur de mathématiques. Myriam Boyer y portait avec éclat le flambeau de l’intégrité. Aussi violent que magnifique.

The Servant, théâtre de Poche Montparnasse

Encore une production du Poche. Objectivement, j’aurais pu mettre la quasi intégralité de sa programmation dans ce top 10 tant le choix des pièces y est exigeant. The Servant, c’est surtout un coup de cœur pour Maxime d’Aboville dans le rôle du domestique manipulateur et toxique qui provoque la chute de son employeur. Impénétrable, glaçant, époustouflant ! Jamais Molière de meilleur comédien n’a été tant mérité.

On ne se mentira jamais, théâtre La Bruyère

Un summum de délicatesse et d’intelligence dans un texte sur la confiance dans le couple, porté par la délicieuse Fanny Cottençon et l’éternel jeune homme Jean-Luc Moreau. Le charme à l’état pur.

Quentin, Woody, Steven et moi, théâtre du Petit Hébertot (désormais Studio Hébertot)

Un bond revigorant dans la nostalgie des années VHS avec deux comédiens séduisants de spontanéité et le plaisir de références cinématographiques cultes. L’effet produit : orgie de marshmallows sans effets secondaires.

Noël au balcon, Café de la Gare

Désopilant chassé-croisé entre deux familles lors du réveillon de Noël dans une mise en scène astucieuse où chaque comédien tenait un rôle de part et d’autre de la cloison. Réjouissant !

Une chance inestimable, théâtre des Béliers Parisiens

Cléopâtre, Gérard de Nerval et Hitler mêlant leurs voix pour dissuader un homme de se suicider. Quel culot ! Et quand c’est très réussi, ça s’approche du génie !

Ajout le 10/07/15 : J’aurais pu aussi sélectionner dans le même théâtre Le Temps des suricates, une ode drôle et émouvante au métier de comédien. La pièce est actuellement à Avignon mais je ne serais pas étonnée d’un retour à Paris à la rentrée.

Sous les jupes, Mélo d’Amélie

Du café-théâtre comme je l’aime : drôle, sensible, humain. Bien au-dessus de nombreuses productions coûteuses et sans âme. Crois-moi lecteur, si tu veux être surpris, cours occuper les places des petits théâtres : c’est là que tout se passe.

 

Le petit bonus :

Racine par la racine, Essaïon Théâtre

Cela fait déjà quelques années que cet hommage décalé à l’oeuvre du grand Racine sévit. Qu’on aime ou pas la grandiloquence classique, difficile de ne pas être conquis par l’impertinence de cette pièce qui propose de revisiter l’intégralité des textes du tragédien en l’espace d’une heure. Un pari osé, bourré d’inventivité. Une nouvelle preuve que la curiosité paie !

 

 

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