The Visit : le conte horrifique de M. Night Shyamalan

Les films de M. Night Shyamalan ne laissent jamais indifférent. Enthousiasme débordant d’une côté, agacement des critiques de l’autre, mais s’il y a bien une chose sur laquelle le réalisateur est irréprochable, c’est dans la maîtrise des codes romanesques. Night sait raconter des histoires et, apparemment, aime aussi qu’on lui en raconte tant ses œuvres sont marquées par l’univers du conte, qu’elles tiennent de la féerie, du fantastique ou de l’horreur. Créatures au fond des bois dans The Village, naïade égarée dans une piscine dans Lady in the water, invasion extraterrestre dans Signs. The Visit n’échappe pas à la règle avec ses références explicites à Hansel et Gretel, fameux conte des frères Grimm passé à la postérité grâce à son ingénieuse maison en pain d’épices.

The Visit - afficheIci pas de sorcière en guenille à l’entrée du logis, mais deux grands-parents aux joues roses ravis d’accueillir leurs petits-enfants pour une semaine de vacances. Nul sucre d’orge sur la toiture ou caramel dégoulinant le long des murs, mais une mamie gâteaux experte en cookies et autres friandises propres à l’hospitalité américaine, douceurs dont la réussite est due notamment à un four de compétition capable de contenir l’équivalent d’une ado de 15 ans. Tiens, tiens… Bien entendu, à chaque conte ses interdictions : extinction des feux à 21h30. Dur pour Tyler et Rebecca, petits génies de l’image qui, malgré leur équipement vidéo et le recul de l’humour, n’échapperont pas au schéma angoissant de la maison perdue au fond de la campagne. Il faut dire que mamie a l’habitude de courir nue dans les couloirs la nuit et que papy aime fixer l’horizon debout sur le toit de la grange. Aux comportements étranges de ses personnages, M. Night Shyamalan adjoint les peurs de l’enfance : la cave obscure, un monstre sous le lit, des bruits dans le noir, mais aussi l’abandon, la vieillesse.

Outre une prise de risque dans le choix de la réalisation (found footage – en caméra subjective), The Visit se distingue par un habile mélange des genres. De l’horreur à la comédie, il n’y a qu’un pas, à condition d’enjamber franchement l’écueil du ridicule : le rire se doit d’être spontané et non moqueur. M. Night Shyamalan garde l’équilibre sans jamais flancher. Ses atouts ? Un montage brut et linéaire qui ne laisse rien présager des rebondissements et surtout des acteurs sensationnels dont Olivia DeJonge et Ed Oxenbould, remarquables d’aisance et de naturel dans les rôles des deux jeunes caméramans aux prises avec leurs aïeux.

Enfin, comme toujours chez le réalisateur, l’inévitable et pourtant insoupçonnable twist est au rendez-vous. De quoi ravir les fans et énerver un peu plus les détracteurs. Il n’y a que les œuvres insipides qui échappent à la polémique.

 

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