Tale of tales : aux sources du conte de fées

Quel meilleur endroit qu’un cinéma pour s’abriter de la canicule ? A la fraîcheur salvatrice de la clim s’ajoute le désaltérant dépaysement  que nous prodigue la fiction. Et quand il s’agit du nouveau film de Matteo Garonne, la fuite du bitume incandescent prend l’envergure d’un voyage fantastiques, aux frontières du rêve… Ou du cauchemar ! A vous de voir.

Adapté du Pentamerone de l’Italien Giambattista Basile (1566-1632), Tale of tales tricote son récit à partir de trois histoires autonomes, mais reliées les unes aux autres par de fines attaches presque invisibles. D’un côté une reine en mal d’enfant, de l’autre une jeune princesse donnée à un ogre, entre les deux un roi lubrique trompé par deux vieilles filles qui courent après leur jeunesse. Très peu de dialogues. La photo – sublime – illustre à la façon d’un livre d’images cet univers merveilleux à la violence ultra réaliste. Sexe, meurtres, perversités, malgré leur réputation infantile, les contes de fées ont toujours traduit avec justesse les cruautés humaines. Pensez à Barbe Bleue et ses multiples femmes assassinées, à l’ogre du Petit Poucet qui égorge ses filles par erreur ou encore aux bourgeoises de Peau d’Âne qui s’amputent l’annulaire pour pouvoir y glisser la bague du prince… Autant d’histoires sordides qui, portées à l’écran dans toute leur crudité, choqueraient plus d’un spectateur. Dans Tale of tales, la barbarie côtoie la beauté à chaque plan, sorte d’esthétique expiatoire où la puissance des désirs est magnifiée, où l’atrocité d’un geste, d’une pensée, est exaltée. Soumis au mécanisme de simplification par l’excès, le conte de fée n’en colporte pas moins les vérités de la nature humaine, bonnes ou mauvaises.

Tout en veillant au respect de la teneur moralisatrice de chaque récit, Matteo Garonne prend le parti de construire une réflexion autour de la femme et de son affranchissement envers les lois des hommes (bizarrement à l’unisson de leurs désirs…). Pourtant, les motivations de l’indépendance sont rarement louables et l’acte émancipateur souvent monstrueux : dévorer un cœur de la taille d’une dinde de Thanksgiving, se faire écorcher vive (les prémices du peeling), trancher une gorge. Une héroïne sortira du lot en devenant véritablement maîtresse de son destin. Attendre son prince charmant, c’est bien. Prendre le pouvoir, c’est mieux !

 

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