Extrait de Steve Jobs, film de Danny Boyle

Steve Jobs dans l’oeil de Danny Boyle

Le 3 février dernier, j’illuminais ma journée avec un petit miracle : réussir à voir un film le jour de sa sortie en salle. J’aurais pu écrire un article dans la foulée et accorder enfin ce blog à l’actualité. Pourtant, il m’aura fallu presque deux semaines pour me coller à la tâche. Steve Jobs, dernière réalisation en date de Danny Boyle (Trainspotting, 28 jours plus tard, Slumdog Millionaire…), m’avait laissé une étrange impression. Convaincue de me trouver face à un chef-d’oeuvre, je n’éprouvais aucun enthousiasme, tout juste de l’admiration. Trois jours plus tard je recevais un texto du frangin : « Un seul mot pour qualifier Steve Jobs : formidable ! » La voilà cette fameuse exaltation qui m’avait manqué. Pourquoi n’étais-je pas l’auteur de ce message ? Je m’efforçais de prendre du recul, un recul qui ne faisait qu’accuser l’évidence de la virtuosité de ce film, aussi bien dans le choix du mode de narration que la performance de ses acteurs.

Steve Jobs, film virtuose. Click To Tweet

A l’encontre des modèles linéaires qui tendent à l’exhaustivité, Danny Boyle axe son biopic sur trois événements majeurs de la carrière de Steve Jobs : la présentation du Macintosh en 1984, du Next Cube en 1988 et de l’iMac en 1998. Chaque partie suit en temps réel la demi-heure qui précède son entrée en scène devant admirateurs, professionnels et journalistes. Piloté par sa directrice marketing (Kate Winslet), l’entrepreneur visionnaire (Michael Fassbender) règle petits tracas matériels et gros soucis personnels à un train d’enfer, avec pour bruit de fond les grondements d’une foule impatiente. La caméra ne lâche jamais son personnage, incitant le spectateur à le scruter de l’intérieur, dans ses préoccupations, ses colères, son autoritarisme, ses obessions. Le bonhomme est ingérable, mais son regard fascine. La question se pose à tout instant : génie ou escroc ? Sûrement un peu des deux.

 

Michael Fassbender dans Steve Jobs, film de Danny Boyle

Michael Fassbender dans « Steve Jobs » – Copyright François Duhamel

D’une époque à l’autre, les fils de ce qui semble être un éternel recommencement se nouent : mêmes problèmes, mêmes interlocuteurs, mêmes lubies de dernière minute. Se forme alors une boucle de l’échec que seule l’humilité pourra rompre. Steve Jobs donne à voir l’évolution d’un inventeur qui touchera à la réussite le jour où ses créations trouveront enfin du sens. Au-delà de l’intérêt du cheminement rédempteur, la biographie n’épargne pas son sujet : maltraitance psychologique des collaborateurs, déni de paternité, tentation despotique, roublardise de haut niveau, le personnage n’est pas rose. Fassbender (formidable caméléon, voir Macbeth) rend son intransigeance hypnotique tandis que Kate Winslet se charge de lui tenir tête et de le renvoyer à ses contradictions. Tous deux sont au sommet de leur art.

Comment puis-je remettre en cause tant de preuves d’excellence ?

Voici la fin de l’article qui se profile. Il serait peut-être temps d’expliquer la source de mon inconfort. Je ne voulais pas y prêter attention au début, mais à peine la lumière rallumée ce fameux jour de sortie, la vérité se faufilait déjà dans mes pensées. J’ai trouvé le scénario bavard, épuisant et inadapté au format cinématographique. Steve Jobs n’est pas un film, c’est une pièce de théâtre ! Mettez tout ça sur des planches, vous aurez le chef-d’oeuvre du siècle.

 

 

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