Simetierre : le génie de l’horreur

Lors de mes recherches iconographiques pour illustrer cet article, j’ai été frappée par la violence des images qui m’étaient proposées, la plupart étant issues de l’adaptation cinématographique sortie en 1989, et qui m’était jusqu’alors inconnue. L’esprit encore frais d’une lecture récente du roman de Stephen King, Simetierre (Pet Semetary pour le titre original), je compris que ma surprise était due à l’écart entre mon imaginaire et la vision portée à l’écran. Si le processus de la projection mentale dépend bien à 99% du public, il faut voir dans ce constat une preuve du génie de Stephen King qui dissémine dans ses œuvres cette juste dose de brouillard capable de réveiller les monstres qui se cachent en chacun de ses lecteurs. Pas de roman du maître de l’horreur sans description gore bien sûr (« Un flot de sang mêlé d’un liquide jaunâtre et purulent s’écoulait de son crâne ouvert […]. »), pourtant il n’est pas rare de relever une certaine retenue qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations ( « Tout à coup, il vit Rachel. Il la vit vraiment. »). L’épouvante n’en est que décuplée.

Simetierre 2Malgré ces excellents stratagèmes narratifs, mon cerveau l’a joué petits bras à côté du film de Mary Lambert où les créatures ressuscitées explosent les compteurs de l’abomination. Mon sage déchiffrage de cette oeuvre s’était principalement focalisé sur le développement magistral de toutes les angoisses liées à la mort : vieillesse, maladie, accidents, décès d’un enfant… Pour moi, l’horreur contenue dans Simetierre puise sa force dans sa présence au quotidien – une petite fille qui assiste à l’agonie de sa sœur malade, un vieil homme qui perd la compagne d’une vie, des parents qui se voient enlever leur bébé par un camion qui roule trop vite – la dimension fantastique n’ayant qu’un rôle d’exhausteur. Stephen King restitue ici l’atrocité d’un destin qui nous échappe, ce couperet pendu au-dessus de nos têtes qui peut tomber à n’importe quel instant. Des zombies, des crânes éclatés, des sépultures éventrées… Artifices bien faibles face à douleur d’un deuil.

Le plaisir que je trouve dans la lecture des mots* de Stephen King vient justement dans son aisance à décrire avec précision et réalisme le train train des familles de classe moyenne, de l’excitation d’un déménagement à l’euphorie d’une partie de cerf-volent, tout en les plongeant dans une brume de mystère. Beaucoup de commentateurs déplorent ces longs « décrochages » qui font perdre le récit en efficacité. Je suis loin d’être de cet avis. J’aime ce confort de mise en situation où l’auteur se permet de faire défiler une centaine de pages « sans la moindre intervention du surnaturel ». Les plus attentifs savent pourtant que le fantastique se cache dans les signes les plus anodins.

 

 

*Si je déplore bien une chose, c’est de ne pas pouvoir lire l’anglais comme ma langue maternelle. En version originale, la subtilité de certaines structures m’échappe inexorablement ; en version française, l’écriture est forcément dénaturée lors du processus de traduction.

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