Quand les Béliers se mettent à l’heure des lapins

L’équipe des Béliers Parisiens nous a habitué aux histoires atypiques et aux textes peu soucieux des contraintes des planches. Je pense à Une chance inestimable et ses personnages extravagants, je pense aux 39 Marches et ses décors en mouvement, je pense au Carton et à sa jeunesse bouillonnante. Sa nouvelle création, Les lapins sont toujours en retard, garde le cap avec des scènes courtes à enchaînement ultra rapide, une profusion de personnages à problèmes multiples et un récit fondé sur le flash-back. De quoi botter les fesses à la règle des trois unités du théâtre classique qui, soit dit en passant, arrangeait bien les dramaturges de l’époque.

Heureusement, David Roussel n’est pas du genre à se laisser impressionner par le texte d’Ariane Mourier ni par son fourmillement de situations : une femme flic brute de décoffrage et son assistant benêt, la copine de soirée qui veut divorcer, un mari infidèle qui aimerait un bébé, un chef de police aussi incompétent que ses cravates sont laides, un amant qui rêve d’île déserte, un psy qui joue avec les mots… Pas de panique, au lever de rideau, tout rentre dans l’ordre grâce à une habile trouvaille scénique, des caissons sur roulettes capables de transporter le public d’un espace à un autre en un clin d’œil. Un voyage immobile qui fait sens, chaque scène sortant tout droit de l’esprit d’Alice, douce nymphette égarée dans le cabinet d’un psychologue.

Ariane Mourier tient elle-même le rôle. Gravite autour de sa personne une troupe au jeu spontané composée de la réjouissante Aude Roman, du très séduisant Cyril Garnier, de l’hilarant Loïc Lengendre (Venise sous la neige, Le cri de la feuille, Têtes de lard ; c’est toujours un plaisir de le retrouver) et de l’imposant Yannik Mazzilli auquel l’uniforme de policier colle vraisemblablement à la peau après Des pieds et des mains et A gauche en sortant de l’ascenseur. A l’unisson du décor, ils jonglent avec les rôles et empruntent la fulgurance d’Arturo Brachetti pour changer de costumes. Petite prouesse bien exécutée qui ne laisse rien entrevoir de l’immense travail de coordination et ouvre le champ au propos de la pièce : comment affronter la réalité quand l’idée du bonheur est faussée par les idéaux ? Au-delà de sa fonction divertissante de comédie, Les lapins sont toujours en retard pose des questions pertinentes qui toucheront particulièrement les trentenaires sans pour autant laisser les autres générations sur le carreau. Nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre au choix de notre existence.
Les lapins - affiche

 

[Bandeau, de gauche à droite : Loïc Legendre, Ariane Mourier, Cyril Garnier, Aude Roman et Yannik Mazzilli.]

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