Oscar et la dame rose : la fascination Judith Magre

La couturière. Un moment unique dans la vie d’une pièce de théâtre. Pour la première fois, le travail de plusieurs mois prend forme devant un public trié sur le volet. L’événement est périlleux – les corps hésitent dans les déplacements, la mécanique du texte connaît quelques grains de sable – mais ô combien émouvant, tant pour les artistes, qui recevront leurs tout premiers applaudissements, que pour les spectateurs, qui retiennent leur souffle devant la performance de ces funambules en quête d’équilibre.

Oscar et la dame rose - afficheJ’ai eu le privilège d’assister hier à la couturière d’Oscar et la dame rose, reprise de la pièce mythique d’Eric-Emmanuel Schmitt (créée en 2003), au théâtre Rive Gauche. Après Danielle Darrieux et Anny Duperey, c’est la sublime Judith Magre qui interprète la relation tendre, mais sans pathos, entre le petit Oscar et Mamie-Rose. Judith Magre, ce charme terrassant, ce regard profond de tragédienne, mais surtout cette intonation qui empoigne le texte à la carpe diem : la puissance de l’instant dans chaque phrase, dans chaque mot. Comment s’ennuyer quand la suite tient toujours de l’inattendu ? Les récentes productions où j’ai pu admirer la comédienne – Les Combats d’une reine (Grisélidis Réal), Dramuscules (Thomas Bernhard), Inventaires (Philippe Minyana) – étaient des terrains de jeux idéals pour ce qu’elle fait de mieux : raconter la vie, dans ses bonheurs comme ses saloperies, sans jamais se départir d’un certain détachement comique empli de sagesse. Le texte d’Oscar et la dame rose lui va bien.

Côté mise en scène, Steve Suissa a fait le choix judicieux de la mesure. Des jeux de lumières douces et acidulées, un décor de chambre d’enfant aux couleurs vives (confié aux bons soins de l’excellent Nils Zachariasen), un itinéraire parsemé de missives façon Petit Poucet, des accessoires poétiques et aériens… Si le cadre est posé, les fenêtres restent grandes ouvertes pour permettre à ce conte de prendre son envol malgré le poids de la situation. On rit de l’imagination délirante de Mamie-Rose, on s’esclaffe aux remarques brutes d’Oscar, on s’amuse du microcosme médical. La prouesse d’Eric-Emmanuel Schmitt est de ne jamais céder à la facilité de l’apitoiement. Il y a bien mieux à explorer comme aller de l’avant, jouer avec le temps, user de la sagesse pour tromper la fatalité.

Dès demain, jour de la première, le public pourra découvrir ou redécouvrir avec délices l’humour franc et délicat de ce conte philosophique déjà estampillé « classique de la littérature française » au théâtre Rive Gauche. Pour tous ceux qui n’auraient encore jamais vu Judith Magre sur scène, je ne peux que les inviter à goûter au pouvoir de la fascination.

(Photo : http://www.agence-adequat.com/)

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