Merlin : épopée arthurienne au Théâtre du Soleil

Tankred Dorst, Cartoucherie, En Eaux Troubles. Il y a moins de 24 heures, je n’avais encore jamais entendu un mot de l’écrivain et dramaturge allemand, le village théâtral du bois de Vincennes était une idée abstraite et aucun écho de la jeune compagnie n’était parvenu jusqu’à mes tympans. Sur le chemin, ma seule certitude tenait dans cette étrange promesse : une adaptation scénique sur près de quatre heures de la légende du roi Arthur. L’expérience valait sans nul doute le détour. Et quelle expérience !

Merlin - afficheMerlin, Cycle I – Table Ronde est le premier volet d’un projet follement ambitieux : donner corps à l’oeuvre dantesque de Tankred Dorst, Merlin ou La Terre dévastée, une épopée de 97 scènes qui s’évalue à plus de 12 heures de représentation. Impossible de s’engager dans un tel chantier sans la bravoure et l’intrépidité de la jeunesse. C’est la compagnie En Eaux Troubles qui est à l’origine de cette sublime extravagance, collectif fondé en 2011 à Paris et constitué de talents en pleine ascension tout droit sortis des meilleures écoles de théâtre. Sur la scène du Théâtre du Soleil – qui leur prête ses planches -, ils sont douze. Costumes faits de bric et de broc, éléments de décor neutres, accessoires de fortune… Et pourtant ils irradient de leur spontanéité, de leur fougue, de leur juvénile flamboyance. Ajoutez-y du talent et vous obtenez une troupe d’un charisme insensé. Il fallait bien ça pour tenir en haleine des gradins bourrés à craquer sur deux sessions d’ 1h40, entrecoupées d’un entracte charcuterie/fromage sous les étoiles, intermède vital malgré les éventails et les bouteilles d’eau gracieusement offerts par la production (La Poursuite du Bleu) pour affronter une salle chauffée tout l’après-midi par un soleil de mois d’août.

Mais au-delà de la performance, aussi bien pour les comédiens que le public, il y a la fusion d’un texte magistral et d’une mise en scène inventive et culottée qui nous racontent cette drôle d’histoire aux accents de telenovela fantastique : un écuyer devenu roi en dégageant une épée fichée dans la pierre, une table ronde à l’image d’un monde idéal, des chevaliers valeureux aux amours compliquées, des tromperies, des vengeances, des meurtres et de la sorcellerie. Un univers vaste et complexe où le bien fricote avec le mal, où l’homme assiste impuissant à ses propres contradictions. Merlin échappe à tout calibrage, dans sa temporalité, dans sa densité, dans sa tonalité. Comment définir cette étrange machinerie sans lois ni contraintes ? Le théâtre. Rien d’autre.

 

=> Pour les curieux, les téméraires et autres junkies des planches, trois représentations sont prévues les 21, 22 et 23 septembre prochains. Par ici la billetterie.

[Photo : Raspou Photographies 10.4.01 – Jules Despretz]

 

Découvrez la suite : Merlin – cycle II

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