Sandrine Molaro dans Madame Bovary

Madame Bovary, encore… mais version cabaret !

Après la sympathique adaptation du roman graphique Gemma Bovery* au cinéma l’an passé et la tentative ratée début novembre du Madame Bovary de la réalisatrice Sophie Barthès, malgré une Mia Wasikowska aérienne, me restait-il assez de patience et d’envie pour affronter une nouvelle reprise du chef-d’oeuvre de Flaubert ? Apparemment oui, puisque je me suis retrouvée assise dans la salle du théâtre de Poche Montparnasse un dimanche après-midi, dans le seul but de contempler – une fois de plus – les mésaventures d’Emma, cette très chère rêveuse.

Affiche de la pièce de théâtre Madame Bovary au théâtre de Poche Montparnasse.La scène s’éclaire. Ils sont quatre. Une comédienne (Sandrine Molaro) pour trois comédiens (Gilles-Vincent Kapps, Félix Kysyl et David Talbot). A leurs côtés des instruments de bal populaire, un peu canailles. En toile de fond, un paysage végétal et flou. A la manière d’une chanson de geste, le récit commence en musique. Madame Bovary, une épopée ? La bonne idée. A tour de rôle, nos conteurs se font personnages : Charles et sa bonté imbécile, Homais le positiviste enragé, Rodolphe l’irrésistible bad boy, Léon le romantique, Lheureux le tentateur… Au cœur de cette peuplade mâle, Emma se débat entre ses désirs et sa condition. Quelle plaie que le destin de femme mariée ! Née aventurière, elle se refuse à cette petite vie de province. Il lui faut du luxe, de l’ivresse, de la passion et des plaisirs. Proie idéale de l’avidité masculine, elle sera utilisée, séduite, trompée, abandonnée. On connaît le suite.

#MadameBovary au @PocheMparnasse : ironie constante sur tragédie latente. On y est. Click To Tweet

Malgré une mise en scène peu conventionnelle mêlant théâtre et music-hall, rarement une adaptation de Madame Bovary n’aura collé de si près au jeu complexe des tonalités de Flaubert : ironie constante sur tragédie latente, on y est. Les coupes dans le texte (adaptation de Paul Emond), drastiques, n’ont en rien corrompu l’intégrité du drame, les emprunts bruts font mouche et les personnages ont conservé toute leur cocasserie. Le cas confirme cet étrange paradoxe selon lequel la fidélité d’une adaptation ne tient pas à la forme mais bien au fond. Le talent de la troupe n’y est certainement pas étranger.

 

* Film d’Anne Fontaine sorti en août 2014 avec Gemma Arterton et Fabrice Luchini, adapté du roman graphique éponyme de Posy Simmonds (1999).

 

[Photo :  Brigitte Enguerand]

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