Extrait du film Macbeth de Justin Kurzel

Macbeth : cent meurtres pour une prophétie

Avez-vous déjà été l’objet d’une prophétie ? Je ne suis jamais allée chez une voyante et ne crois pas vraiment aux horoscopes, mais je me souviens d’une drôle d’anecdote qui s’est passée il y a déjà six ou sept ans. Je me promenais dans la rue avec mon petit ami et, à l’instant où nous allions emprunter un passage pour piéton afin de traverser un boulevard, une femme étrange à l’allure hirsute m’a saisi le bras et répété sur un ton effaré : « C’est pas le bon, c’est pas le bon ! » Je me suis dégagée de son emprise, un peu effrayée. Ses mots m’avaient marquée. Qu’est-ce qui n’était pas le bon ? Ou plutôt qui ? Evidemment mon attention s’est portée sur mon amoureux… Pas le bon ? Nous avons rompu quelques mois plus tard. Cette femme m’avait-elle révélé le futur de cette relation ? Vraie vision ou simple coïncidence ? Quand l’esprit s’en mêle, tout devient flou, complexe. L’événement avait-il remis en cause ma confiance en cet homme ? Où étais-ce l’annonce de quelque chose d’inéluctable ? La notion de prophétie implique nécessairement la question de la responsabilité. La chose se réalise-t-elle parce que je le décide ? Peut-on agir contre ce qui doit être ? Quel est notre réel pouvoir face une potentielle destinée?

Affiche du film Macbeth de Justin KurzelC’est là que William Shakespeare nous vient en aide… ou pas  ! Dans Macbeth, un général se voit promettre le royaume d’Ecosse par trois sorcières. D’un naturel humble et honnête, il se laisse envahir par l’avidité du pouvoir. Avec la complicité de sa femme, Macbeth assassine le roi et prend sa place. Une seconde prophétie, celle de sa chute, le précipitera dans la folie. S’il a provoqué son destin, il doit maintenant le combattre. Dans quelle mesure sommes-nous responsables de la fatalité ? Le sujet est vaste, universel et désespérément insoluble.

Le réalisateur Justin Kurzel semble particulièrement se plaire dans cet univers pour le moins ésotérique. Chimères fantomatiques, apparitions d’oracles dans la brume, combats sanguinaires, déchaînement des éléments… L’imaginaire de Shakespeare prend vie dans les choix esthétiques d’un chef d’orchestre visionnaire qui maîtrise à merveille la tonalité fantastique du récit. Intégrés dans une réalité brute, violente et austère, les personnages flirtent avec les frontières de l’hallucination. Les montagnes se teintent de rouge, une forêt en flammes prend d’assaut un château fort, l’atmosphère saturée d’eau transforme les champs de bataille en aquarium. Dans la nature grandiose d’une Ecosse au climat inhospitalier, les tourments des hommes  sont décuplés. Les scènes dans la langue de Shakespeare cohabitent avec de longues phases de silence qui donnent de la profondeur au propos tout en permettant à Justin Kurzel de s’exprimer pleinement. C’est beau et fascinant. On obtient une adaptation aussi fidèle que personnelle, qui laisse la porte ouverte aux interprétations et à la contemplation. De quoi alimenter les théories sans jamais apporter de vraie réponse.

 

[Photo : © StudioCanal]

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