Mia Wasikowska dans Madame Bovary, film de Sophie Barthes.

L’ombre de Madame Bovary…

Je ne lis que rarement les critiques des films que je vois en salle. Exception faite pour les productions qui peuvent sembler hasardeuses. L’adaptation du chef-d’oeuvre flaubertien, Madame Bovary, par Sophie Barthès laissait présager la grosse prise de risque. Un court voyage dans la prose des commentateurs a confirmé mes craintes. Malgré ses moyens internationaux et d’excellents interprètes (Mia Wasikowska, Henry Lloyd-Hughes, Paul Giamatti…), l’oeuvre ne dépasserait pas le stade de la pâle illustration. Je suis allée constater l’importance du désastre par moi-même. Bon… Effectivement, il faut reconnaître que ce n’est pas le film de l’année, mais on a vu pire.

 

Extrait du film Madame Bovary par Sophie Barthes. Scène du mariage.

Mia Wasikowska (Emma Bovary) et Henry Lloyd-Hughes (Charles Bovary)

Aux plans sans intérêt, à une image tremblotante, à un montage peu rigoureux, aux oublis navrants (épisode de la calèche à peine effleuré, maternité d’Emma à la trappe…) et aux raccourcis dramatiques de confort, j’ajouterai des choix scénaristiques confus qui témoignent d’une connaissance plutôt superficielle du roman. Adapter ne signifie pas réorganiser certains passages pris ça et là pour les rendre plus commodes sous format cinématographique. C’est pourtant la méthode qui semble avoir été utilisée pour parvenir à caser en deux heures les années de toute une vie. Au-delà de ces « égarements », quelques réussites sont à signaler : le personnage du pharmacien (en la personne de Paul Giamatti) et les figures masculines en général, la médiocrité de la condition de la femme, les emportements passionnels et unilatéraux d’Emma, la mélancolie des paysages, la justesse de la reconstitution historique.

Adapter n'est pas reformater ! Click To Tweet

Alors que la grande majorité des critiques professionnelles demeurent indiscutables quant aux ratés de Sophie Barthès, j’aimerais pourtant revenir sur deux ou trois considérations excessives et injustifiées.

  1. A trop insister sur le côté vain et superficiel de l’héroïne, le personnage de Charles aurait été affaibli.
  2. Emma serait présentée comme une petite bourgeoise dépensière et très accessoirement volage.
  3. L’héroïne gagnerait en sympathie mais perdrait en complexité.

Finissons-en immédiatement avec le cas du mari, Charles. Comment affaiblir un personnage déjà décrit comme incolore, inodore et sans saveur chez Flaubert ? « La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue », je n’invente rien. La figure est aussi décevante à l’écran que sur le papier. Rien de plus.

En ce qui concerne la personnalité d’Emma, sa complexité reste assez limitée et ne motive en rien la sublimation dont elle est trop souvent l’objet. Archétype de la jeune femme rêveuse et éduquée dans l’ignorance propre à son sexe, elle doit son malheur à l’autorité d’hommes nuls et à des attentes surdimensionnées. Si l’on comprend qu’elle est franchement mal barrée au triste spectacle des mâles s’essayant à soulever des pierres la nuit de son mariage, sa totale méconnaissance du monde et ses aspirations romanesques ne peuvent que la conduire à une éternelle insatisfaction, quel que soit son mari ou sa classe sociale. Modeste bourgeoise, elle se rêve duchesse. Reine, elle envierait les bergères. Click To Tweet Incapable de se conformer à la réalité, elle est condamnée à haïr tout ce qui l’entoure. Sous ses airs de mélancolie empruntée, Emma n’est ni « sympathique » ni vraiment « complexe » et satisfait ses fantasmes de luxe et d’aventures dans une boulimie dépensière et des histoires d’amour sans profondeur, si ce n’est celle de son égocentrisme. Le rendu dans l’oeuvre cinématographique est finalement assez juste et Mia Wasikowska fait de son mieux. Cependant, je ne peux m’empêcher de crier à l’imposture : où est passée l’ironie de Flaubert ?

 

[Photos : © 2015 Warner Bros Ent.]

 

Rendez-vous sur Hellocoton !