Comédiens de la pièce Libres sont les papillons

Libres sont les papillons, la merveille !

Un classique de Broadway adapté par Eric-Emmanuel Schmitt et mis en scène par Jean-Luc Moreau. Sur le papier ça claque, sur scène, ça frise l’excellence. Les petits chanceux qui ont réussi à se dégoter une place à la première de Libres sont les papillons peuvent en témoigner. C’était hier soir, et j’y étais.

Billetterie en effervescence, salle archibondée, le théâtre Rive Gauche présente son nouveau né de la saison 2016 : une pièce de l’auteur américain Léonard Gershe, revisitée par la plume experte du maître des lieux et animée par les soins d’un des meilleurs metteurs en scène du théâtre français. J’admets m’être rendue à la représentation avec pour seule curiosité ce que pouvait engendrer ce fascinant binôme. Les premières minutes ont suffi à donner le ton. Des répliques impeccables : fluides, naturelles, sans artifices ni lourdeurs. De l’humour par petites touches, intelligent mais pas pédant. Un rythme maîtrisé à la perfection. Des comédiens sublimes d’aisance dans un décor réaliste et sans fausse note (Nils Zachariasen, évidemment). Pas un grain de sable dans une mécanique qui se meut avec une facilité déconcertante. Nul doute qu’il aura fallu abattre un travail de dingue pour arriver à un tel résultat dès l’inauguration.

Affiche de la pièce de théâtre Libres sont les papillonsCôté distribution, rien à dire si ce n’est qu’elle est idéale. Julien Dereims, encore peu vu sur les planches, fait preuve d’une sensibilité et d’une délicatesse sans failles dans le rôle complexe et « physique » de Quentin. Nathalie Roussel réussit l’exploit de mêler l’élégance à la drôlerie. Guillaume Beyeler est insupportable de culot et d’impolitesse (dans le contexte, c’est un compliment). Enfin, Anouchka Delon. Elle m’était restée totalement inconnue jusqu’à présent. Pourtant, quel bonheur que cette jeune comédienne ! Tapageuse, sans-gêne, pétulante, excessive, fougueuse, volage, elle dessine scène après scène une Julia inspirante qui dévore littéralement la vie et entraîne qui veut dans son sillage. Ce personnage, c’est l’énergie, le feu, la passion. Un bien joli choix que cette beauté franche pour incarner tout un monde de fantaisies. La troupe évolue à l’unisson des méandres émotionnels que connaissent leurs doubles. On rit, on tremble, on s’attache. Ça marche. Standing ovation finale à l’appui. J’espère que les bouchons de champagne ont sauté dans les loges, ils l’ont hautement mérité.

Je suis allée voir Libres sont les papillons les mains dans les poches et le nez au vent, sans avoir lu une ligne du pitch ni fait aucune recherche sur ses antécédents. Je suis aujourd’hui persuadée que c’est ainsi qu’il faut appréhender cette comédie subtile et émouvante. Je ne divulguerai donc rien de ce qui s’y passe. Se laisser cueillir par l’émerveillement. Quoi d’autre ?

 

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>> Libres sont les papillons, pièce de Léonard Gershe, adaptée par Eric-Emmanuel Schmitt et mise en scène par Jean-Luc Moreau. Avec Nathalie Roussel, Julien Dereims, Anouchka Delon et Guillaume Beyeler. Théâtre Rive Gauche, Paris 14e

 

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5 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

  1. Stefanie jarre

    Quelle jolie critique et quel regard bienveillant sur des comédiens merveilleux, un auteur éblouissant et un metteur en scène aimant.
    je voulais juste apporter une petite rectification- simplement parce que je suis fière de faire partie de cette équipe magnifique- en tant que scenographe-decorateur.Mon adorable Nils est sur ce projet accessoiriste- rôle indispensable.
    Stefanie jarre

    Publié le 19 janvier 2016 à 01:02
    • Myriam Fleuret

      Merci beaucoup pour ce message Stéphanie.Vous formez une très belle équipe avec Nils Zachariasen : la scénographie est remarquable ! Je n’ai aucun doute sur le succès de la pièce cette saison.

      Publié le 19 janvier 2016 à 07:56
  2. jean-claude

    Nathalie Roussel, merveilleuse d’élégance, de férocité, de drôlerie et d’humanité mêlées.

    Publié le 24 janvier 2016 à 00:33
    • Myriam Fleuret

      Je suis tout à fait d’accord avec vous Jean-Claude. Le rôle est d’une réelle complexité et Nathalie Roussel le tient parfaitement.

      Publié le 24 janvier 2016 à 09:18
  3. Myle

    Joli décor, mise en scène vivante, on sourit quelquefois.
    Les deux personnages principaux jouent bien avec un surjeu pour la jeune fille qui donne d’ailleurs l’impression d’être plus explosive qu’elle ne veut le montrer. (On verra plus tard dans sa carrière…) La mère aussi surjoue un peu dans son rôle de protectrice castratrice, sauf à la fin où son ton s’affine. Le fils est impeccable, très crédible, touchant. En revanche, l’autre zigoto n’est pas à la hauteur du personnage qu’il devrait figurer ; il semble ballot alors qu’il devrait être un Don Juan opportuniste et menfoutiste.

    Et le texte est gentillet, pétri de bons sentiments dans une situation presque banale à propos du handicap, de l’amour maternel et de la prise de liberté. On devine souvent « le mot » qui va suivre. On espère toujours autre chose mais on voit les gros sabots qui avancent pesamment ou au contraire, qui étonnent car il y a des « manques ». Par exemple, aucune indication du changement de point de vue de la mère..
    Tiens, à un moment, la jeune fille dont on sait qu’elle n’est pas cultivée a une expression qui ne relève pas du tout de son niveau de langue. Quelque chose comme « Je ne m’aventurerais pas à… » C’est un bug, nan ?

    L’ensemble n’est pas très crédible. Particulièrement quand la jeune fille revient au bras d’un autre sans état d’âme, et ne cesse de l’enlacer et de se faire peloter devant son amoureux d’un jour et sa mère devant laquelle elle avait précédemment une attitude plus retenue. Qui fait ça ?! Tout ce cinéma pour bien nous faire comprendre, nous montrer, nous prouver sa légèreté ou son lunatisme. Dans le cas où on ne l’aurait pas bien vu, allez, encore un bisou ! Qu’elle doive faire sa valise nous aurait suffit, monsieur le metteur en scène…

    Personnellement, je ne me suis pas profondément ennuyée mais avec cette impression d’avoir quand même perdu mon temps.