Emma Stone et Joaquin Phoenix dans L'Homme irrationnel, Woody Allen 2015

L’Homme irrationnel : petit plaisir made by Woody

Il est comment le nouveau Woody Allen ? Malin, habile et acéré ! Cet excellent millésime n’est d’ailleurs pas sans rappeler le génie cynique de Match Point, sorti il y a déjà une décennie. Force est de constater qu’à près de 80 ans, l’indéboulonnable réalisateur new-yorkais parvient toujours à susciter notre intérêt sur ses sujets de prédilection : hasard, morale et libre choix. Les questionnements sous-jacents à L’Homme irrationnel ne sont donc pas d’une grande surprise pour les aficionados de la filmographie du maître qui nous offre, cependant, un scénario brillant et impeccablement mis en images.

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Reprenons les grandes lignes. Le sulfureux professeur de philosophie Abe Lucas (Joaquin Phoenix, remarquable et L'Homme irrationnel, film de Woody Allen avec Joaquin Phoenix et Emma Stone.bedonnant) débarque dans l’université d’une petite ville de Nouvelle-Angleterre. Sa réputation l’a devancé. Talentueux mais au bord de la dépression nerveuse, cet ancien idéaliste ne croit plus en rien après avoir vainement tenté de « changer le monde » lors de ses années de jeunesse. Ses tendances autodestructrices et son détachement permanent vis à vis de toute forme de joie attisent le curiosité de la gent féminine. Parmi ses admiratrices, Rita, une collègue (la très sensuelle Parker Posey), et Jill, une étudiante (Emma Stone, charmante), avec lesquelles il ne tarde pas à entamer une liaison. C’est finalement une discussion entre des inconnus dans un café qui va donner à Abe la force de reprendre son destin en main, mais d’une manière plutôt inattendue…

Avec méthode mais non sans malice, Woody Allen déroule le fil de la psychologie complexe et tourmentée de son personnage principal, tout en lui tissant un destin qui n’échappera pas à l’ironie du « hasard ». Délicieusement immoral, le discours brouille repères et réflexes bien-pensants pour mieux interroger les spectateurs sur l’impalpable frontière entre le bien et le mal. Ainsi, le scénario – véritable petit bijou dialectique – tangue entre leçons philosophiques et exemples littéraires, montrant la force de persuasion de n’importe quelle bonne argumentation. Si le plaisir se veut cérébral, la banale matérialité de la chute met une belle fessée à toute tentation mégalo de l’intellect. Les plus grandes théories existentielles ne feront jamais le poids face à une simple piqûre d’abeille ou un clou mal placé sur l’asphalte.

 

Photo : © 2015 Gravier Productions, Inc.

 

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