L’Evasion – tome 2 : la liberthet entre quatre murs

Avant de rentrer plus en détail dans ce deuxième tome de L’Evasion, il est indispensable de se pencher sur le parcours de son auteur : Berthet One. Impossible de comprendre l’oeuvre sans connaître le destin atypique de cet étonnant gaillard.

Evasion 2Berthet One est un type de la Courneuve. Il lose à l’école, il lose encore plus au moment de devenir adulte. Du coup, direction la prison pendant quelques années. Entre quatre murs, il reprend ses études, passe son bac, décroche un BTS et dessine, dessine et dessine encore. La spirale de la lose s’inverse pour devenir vertueuse et il sort de prison.

En lisant le 1er tome de L’Evasion (paru en 2010 chez Indeez), on se rend compte que le gars Berthet One a du talent, de l’humour, de la sensibilité et de l’intelligence. Bien évidemment, Journal d’un condamné, est parfois maladroit dans le dessin, mais le trait a une vraie identité, une vraie personnalité. Il rappelle le graffiti, et Robert Crumb aussi.

Aux travers des 46 pages, Berthet One parle de la vie en prison. Ici pas de grande histoire, juste des saynètes. Souvent drôle, parfois mordant, l’humour s’apparente au style de Reiser. Pourtant, ce que j’avais particulièrement aimé dans ce 1er tome de L’Evasion, c’était la liberté qui s’en dégageait. Ici, le gag n’était pas systématique en fin de page. Parfois la déprime, les petites joies, les frustrations de Berthet One étaient parfaitement perceptibles. Avec cette bande-dessinée, l’auteur ne milite pas, il ne règle pas ses comptes ; il illustre simplement son quotidien. Acheté au hasard pour une bouchée de pain dans un back de destokage, cette BD avait été une très bonne surprise.

Evasion 3

Je ne savais pas qu’une suite était en projet. J’ai découvert L’Evasion – tome 2 : Vive la liberthet en me promenant dans une librairie près de chez moi, comme ça, le nez en l’air. Ce second tome était en exposition, il venait tout juste de sortir de l’imprimerie. Illico presto, j’ai dégainé les 14€ requis pour qu’il vienne compléter ma collection. Je l’avoue, j’ai eu très peur avant d’ouvrir la couverture :

  • cinq années s’étaient écoulées entre ce tome-ci et le 1er ;
  • la maison d’édition n’était plus la même (désormais La Boîte à Bulles) ;
  • un changement de coloriste : Fouad Allaoui avait pourtant fait un très très bon boulot sur Journal d’un condamné, il rehaussait parfaitement le trait de Berthet One ; cette fois c’est Jean-Michel « Emoy » Tanneau qui est aux pinceaux ;
  • le ton libertaire serait-il intact ?

Si Journal d’un condamné se focalisait sur la vie en prison, Vive la liberthet s’attache au retour à la vie civile des prisonniers. Mes craintes se sont bien vite dissipées. En cinq ans, le trait de Berthet One s’est affiné. Il est plus précis. Peut-être a-t-il perdu un peu – légèrement – de sa force, mais il est plus lisible. Le changement de coloriste ? Bof ! Mais peu importe. La gamme colorée est ici un peu plus lumineuse ce qui illustre bien le propos : la sortie de prison, le retour à la lumière. Ce n’est pas pour autant que le ton se révèle plus léger. Il est tout aussi libre que dans le 1er tome et c’est ça l’essentiel. Berthet One n’a rien perdu de sa plume, il ne s’est pas renié en passant chez un éditeur plus important.

Mais là où ce second tome m’a surpris, c’est dans sa mise en abyme. L’auteur fait très souvent référence à la sortie du 1er volet. Il parle des séances de dédicace, de l’accueil de son œuvre, de sa confection, etc. Ce deuxième tome se nourrit étonnamment du 1er, alors qu’à la base, Berthet One n’avait jamais pu l’envisageait ainsi. C’est très intelligent. Ça me fait penser à Antoine Doisnel ou plus récemment à la trilogie Before de Richard Linklater au cinéma. On suit l’évolution en temps réel d’un personnage à des moments différents de sa vie. Et dans le cadre de L’Evasion, c’est quasi autobiographique sans en avoir l’air. Bravo ! Quelle singularité ! Quelle liberté !

Evasion 4

Du coup, je suis curieux de savoir dans cinq ou dix ans ce que deviendra Berthet One et où son évasion l’emmènera cette fois-ci. Humour et talent à la main, je ne m’en fais pas trop pour lui, d’autant qu’il est déjà très investi dans l’associatif, au travers de MAKADAM entre autres. Je n’aurai que ces quelques mots pour conclure, tirés de la page 47 : « Wesh ! L’artiste !!! Mortelle, ta BD… j’ai grave kiffé !!! »

[NDLR : Tous les visuels présents dans cet article sont tirés du tome 2 de L’Evasion, éditions La Boite à bulles.]

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