Les petits Mickey de Maus

Qu’écrire de plus sur une bande-dessinée dont on a déjà tout dit, une bande-dessinée 100 fois analysée ? Pas facile…

Soyons impératif ! Tous ceux considérant la BD comme un art mineur devrait lire Maus ! S’il est bien question ici de « petits Mickey » pourchassés par des « gros matous », ce n’est pour autant pas drôle du tout. C’est même terrifiant !

 

Maus 2

 

J’avais découvert ce roman graphique un peu par hasard dans la médiathèque de ma petite ville d’enfance. Aujourd’hui, une question m’interpelle : comment un tel sujet avait-il pu m’intéresser à l’adolescence ? Comment un graphisme en noir et blanc aussi rebutant avait-il pu me séduire alors que j’avais régulièrement Astérix, Lucky Luke et Pif sous les yeux ? Je n’ai pas la réponse.

 

Maus 3
Avec Maus, rien à voir. Un inexplicable virage à 180 degrés. Je me revois pourtant dévorer le 1er tome sagement assis dans mon lit. Et puis le glaçant tome 2 quelques années plus tard. Là, maintenant, en 2015, l’envie de relire ce chef-d’œuvre m’a pris. J’avais acheté l’intégral il y a plusieurs années au moment de sa ressortie… mais sans le relire. Je savais qu’un jour j’y reviendrai. Ce jour est revenu, je ne sais pas pourquoi. Mes yeux se sont posés par hasard sur la jaquette et je m’y suis replongé.

 

Si j’ai mis plus de 20 ans à relire Maus, c’est parce qu’il faut avoir l’âme bien accrochée pour parcourir la vie de Vladek Spiegelman. On ne lit pas Maus comme Le Royaume ou Kid Paddle. Il faut s’y investir. Il faut accepter son apparente austérité.

Maus, souris en allemand, écrit et dessiné par Art Spiegelman (le fils de Vladek) est initialement paru en 2 tomes :

  1. Mon père saigne l’histoire (1986)
  2. Et c’est là que mes ennuis ont commencé (1991)

Rééditées en intégral chez Flammarion en 1998, les 295 pages narrent la persécution des Juifs sous le régime nazi. Rien de bien folichon, me direz-vous. Et pourtant. L’originalité vient du choix de mode de représentation de l’auteur : la métaphore animale. À l’instar d’Edmond-François Calvo et Victor Dancette pour la Bête est morte (1944), ou même Jean de La Fontaine et Esope bien avant, les différents peuples sont représentés par des espèces bien identifiables :

  • les souris pour les Juifs
  • les chats pour les Allemands
  • les cochons pour les Polonais
  • les grenouilles pour les Français
  • les chiens pour les Américains
  • les cerfs pour les Suédois
  • les poissons pour les Anglais
  • les papillons pour les Tziganes

L’histoire, tragique, aurait pu être un simple témoignage de ce qui aboutira fatalement à la Shoa. Maus est bien plus que cela. Il y a dans la construction une mise en abyme étonnante : une histoire vraie dans l’histoire vraie. Art Spiegelman se dessine en train d’interviewer son père Vladek, de s’interroger sur ce projet un peu fou d’adapter l’horreur nazie en BD. Bien sûr, l’histoire de Vladek est prépondérante ; cependant, on y suit également la relation difficile entre le père et le fils Spiegelman . Deux époques différentes, deux façons différentes de voir les choses, d’envisager la vie.

 

Maus 4

 

Histoire austère au premier abord, elle en devient passionnante au fil des pages. Que dire alors des dessins ? En y regardant de plus près, le trait est brut, dur, presque sale, mais parfaitement juste. Il illustre idéalement le propos. Certaines vignettes font même penser aux gravures sur bois de Wassily Kandinsky du début du XXème siècle. Magnifique.

 

Maus 5

 

Alors, lorsque le fond et la forme se rejoignent parfaitement, que se passe-t-il ? Et bien on obtient un chef-d’œuvre récompensé par le prix Pulitzer en 1992. Maus est une bande-dessinée essentielle. Le ministère de l’Education nationale devrait peut-être même l’imposer au programme de 3e. Enfin, moi, si j’étais prof, je ferais lire cette BD de « petits Mickey » à mes élèves.

 

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