Comédiens du Roi Lear sur la scène du théâtre de la Madeleine.

Le Roi Lear : bain de sang shakespearien à la Madeleine

Shakespeare. C’est éprouvant, dense et long, mais qu’est-ce que c’est bon ! Terrains de jeux chéris des metteurs en scènes, les pièces du grand Will font toujours sensation auprès du public. Pour cause, une écriture stupéfiante de liberté, bien loin des principes esthétiques étriqués de la tradition théâtrale française. Avec sa multitude de personnages, de décors, de tonalités, la plume de Shakespeare fait exploser le cadre de la scène et sonde les méandres de la psychologie humaine sans aucune limite autre que celle de l’imagination. Scénariste né, le génie avait juste un peu trop d’avance sur son temps.

Scénariste né, William Shakespeare avait juste un peu trop d’avance sur son temps. Click To Tweet

La dimension cinématographique de ses textes n’a certainement pas échappé à Jean-Luc Revol qui a choisi de transposer son Roi Lear dans les années 30 chez un nabab de la production filmique. Michel Aumont tient en majesté le rôle du monarque fantasque, décidé à s’alléger de son empire en le partageant entre ses filles. Alors que les deux plus âgées (Marianne Basler et Anne Bouvier) se vautrent dans d’hypocrites louanges envers le père, la toute jeune Cordélia (Agathe Bonitzer) ose la sincérité. Lear s’offusque devant la sobriété qu’offre l’honnêteté.  Sa cadette n’aura rien. Une bien mauvaise décision qui entraînera le vieux roi vers sa chute.

 

 

Ode à la folie – dans son humour, sa créativité, sa beauté mais aussi sa cruauté – Le Roi Lear trouve sur les planches du théâtre de la Madeleine les nutriments indispensables à son plein épanouissement : une troupe prestigieuse (Bruno Abraham-Kremer, Olivier Breitman, Jean-Paul Farré…), des décors luxueux (notamment un mur Art déco sublime), une opulence remarquable d’effets spéciaux, mais surtout un vrai lâcher-prise dans l’expression des passions. Le rire, la peur, la barbarie, l’euphorie, la pitié, la rage… Avec l’excès pour seul guide, Jean-Luc Revol  dégage la substantifique moelle de l’existence, inhérente aux œuvres du maître élisabéthain. On appréciera également l’absence de pudibonderie dans la censure. Comme toute bonne tragédie, Le Roi Lear compte ses morts à la fin. Ici ça bazarde sec avec force giclures ensanglantées. Attention au premier rang, ça tache !

 

Affiche du Roi Lear au théâtre de la Madeleine.

[Photo : Christophe Vootz]

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