Le Carton : des potes, des filles et du fun

Aussi punchy soient-elles, les pièces de Clément Michel n’en réclament pas moins une mise en scène inventive et rythmée.  Du Carton (2001) à Une semaine pas plus (2011) en passant par Début de fin de soirée (2009),  un même univers qui célèbre l’insouciance et la spontanéité des jeunes adultes, cette drôle d’espèce reine de la débrouille, friande d’amusements en tous genres, déjà bien avancée dans l’apprentissage de la vie mais encore vierge de toute responsabilité. Pour monter comme il se doit ces textes survoltés à la fraîcheur juvénile, il faut favoriser un jeu de l’instinctif sans faire l’impasse sur la rigueur mécanique de la farce à la Feydeau. Démonstration faite aux Béliers Parisiens où le duo Arthur Jugnot / David Roussel reprend Le Carton après une première mise en scène en 2010. Les deux complices unissent une fois de plus leur créativité pour doper ce vaudeville nouvelle génération de leur sensibilité oh combien cartoonesque.

Tout commence par un coup de fil. Encore sous sa couette, Antoine (Martin Darondeau) apprend de son propriétaire qu’il doit déménager – comme prévu – aujourd’hui. Problème ? Aucun carton n’est prêt ! Il appelle sa bande de potes à la rescousse, mais la joyeuse tribu, pourtant pleine de bonne volonté, s’apprête à faire vivre à l’indolent la plus longue journée de son existence. Le Carton, c’est l’association des incompétences du séducteur Vincent (Jordi Le Bolloc’h), de la pipelette Marine (Anne-Sophie Picard), du grandiloquent David (Arthur Mazet) et du très stylé Laurent (Olivier Dote Doevi), un clan aussi énergique qu’inefficace, qui ne fait pas moins que dynamiter le déménagement. Volent dans la tourmente chaussettes dépareillées, vaisselle sale, raquette de tennis, top-modèle égarée (Caroline Fauvet), trottinette pliable et collection de DVD. Cherchez l’erreur. Pour couronner le tout, la fille du proprio (Cécilia Cara) assiste au cataclysme, un poil énervée.

Au croisement des sitcoms pour teenagers et du spectacle de boulevard, la pièce de Clément Michel trouve en l’équipe d’Arthur Jugnot une alliée de poids, capable d’exhausser la portée comique de chaque réplique. Impétueuse et sans concession, la mise en scène restitue toute la folle énergie d’une jeunesse qui, sous ses airs quelque peu évaporés, cache une vitalité et un sens de l’audace admirables. Constituée de sept comédiens en accord total avec leurs personnages, la distribution est un sans faute. Finalement, le plus dur à la tombée du rideau est de quitter cette bande d’azimutés qui transforment la moindre galère en fête mémorable. Du coup, j’aurais presque envie de me faire inviter au prochain déménagement de mon voisin de palier, presque…

 

 

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