Julien Boisselier et Chloé Lambert dans "La Médiation"

La Médiation : Chloé Lambert et Julien Boisselier sur le ring de la parentalité

En littérature comme au cinéma, la seule présence d’un enfant au cœur du récit suffit à resserrer d’un cran la tension dramatique et ce tous genres confondus. Sous couvert du postulat de l’innocence, un conte fantastique proposant de perdre une fillette dans un manoir hanté sera toujours plus effrayant, une tragédie familiale portée à l’écran et touchant une fratrie de bambins sera toujours plus poignante. Le constat n’a sans doute pas échappé à Chloé Lambert qui impose aux personnages de sa nouvelle pièce, La Médiation, un mouvement perpétuel en orbite autour d’Archimède, petit garçon en recherche d’équilibre depuis la séparation de ses parents.

Affiche de La Médiation, pièce de Chloé LambertSi l’enfant est ici au centre de toutes les préoccupations, il brille surtout par son absence ou du moins par son statisme (une chaise vide lui servant de représentation), laissant Anna (Chloé Lambert) et Pierre (Julien Boisselier) seuls face aux décisions qu’ils vont devoir prendre. Pour leur venir en aide, deux médiatrices familiales (Raphaëline Goupilleau et Ophélia Kolb) organisent le débat. Mais voilà, le père et la mère se détestent et les intermédiaires divergent sur la méthode.

Contre toute attente, ce qui s’annonçait être un drame social se retourne en satire grinçante. Alors que Pierre se révèle égoïste, manipulateur et borné, Anna est aux prises avec le syndrome étouffant de la mère parfaite. Des défauts somme toute assez communs qui permettent d’explorer plusieurs voies : l’humour bien-sûr, mais aussi l’histoire psychique de chacun des personnages. Entre la légèreté de la peinture des tempéraments et la découverte de la part d’ombre des individus, Chloé Lambert ne choisit pas. C’est là la force du texte : un balancement subtil de la tragédie ordinaire à la comédie des caractères, l’une venant alimenter l’autre par la force même de leur combinaison.

La mise en scène de Julien Boisselier est précise et foisonnante, malgré un décor réduit au strict nécessaire. Le spectacle n’est pas circonscrit à la seule surface des planches, il est sur les visages qui se crispent et se déforment sous l’émotion. Le spectateur n’a pas assez de ses deux yeux pour observer les quatre personnages qui ne connaissent jamais le relâchement. Ici un échange de regards qui en dit long, là un faciès qui se décompose à l’écoute d’une réplique, là encore un changement imperceptible sur un sourire : serait-ce une idée qui fait son chemin ? L’action est autant dans les mots que dans les têtes. L’espace scénique devient alors vertigineux, démontrant une fois de plus le potentiel sans pareil du huis clos au théâtre. L’enfermement est bel et bien un accès direct aux profondeurs insondables de l’être humain.

 

La Médiation, de Chloé Lambert, mis en scène par Julien Boisselier. Avec Chloé Lambert, Julien Boisselier, Raphaëline Goupilleau et Ophélia Kolb. Théâtre de Poche Montparnasse, Paris 6e

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