Herobear and the kid : un super héros tout doux

L’enfance. Qu’en reste-t-il ? En lisant les 3 tomes d’Herobear and the kid (1- L’Héritage, 2- L’Etrange Robot, 3-L’Important c’est d’y croire…), inévitablement, l’adulte que je suis se la pose. La nostalgie, l’esprit qui vagabonde, les premières peines, les petits riens, l’innocence…

herobear1Grâce à son trait délicat, Mike Kunkel parle de la fin de l’enfance avec excellence. Parue initialement chez Astonish en 2002 et 2003, cette bande-dessinée a été rééditée en version française chez V2O entre 2005 et 2006. A la traduction, Nicole Duclos a fait bien plus que le job. Chaque phylactère [NDLR : ou bulle pour les moins avertis] sonne parfaitement juste. A aucun moment on ne perçoit le travail de traduction, preuve qu’il a été exécuté minutieusement. Chapeau !

Lorsque l’on ouvre l’album, on est tout de suite happé par le trait de Mike Kunkel : libre et chaleureux, tout comme le découpage. Page 4 : les premières vignettes se mélangent les unes aux autres. D’abord un sapin enneigé, puis des flocons qui virevoltent, et enfin un petit garçon tête baissée, malheureux comme les pierres. Le texte est simple, juste : «Noël… Nous enterrions mon grand-père par une froide journée d’hiver dans la ville de Simpleton. Pour la plupart des gens, sa vie était formidable, mystérieuse et unique. Il voyageait sans cesse et prenait du bon temps. Mais pour moi, il était avant tout mon grand-père. Quelqu’un qui m’inspirait, m’encourageait et me racontait des histoires captivantes. Et voilà qu’il était parti. Je dévisageais l’assistance. Nous formions un cercle silencieux. Tant de monde… et personne qui ne savait quoi dire. Qu’est-ce qu’on dit quand quelqu’un meurt ?»

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Le début de cette histoire n’est pas très gai, pourtant l’auteur utilise ce point de départ pour parler d’espoir, pour dépeindre une enfance pleine de rêves et de tendresse, une enfance qu’il convient de ne pas oublier pour façonner l’adulte que chacun deviendra. Le thème est classique, archi-classique, même. Il est pourtant traité, ici, de façon extrêmement juste et original.

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A ce jour, Herobear and the kid est la seule bande-dessinée de Mike Kunkel. C’est un coup de maître. Son trait n’est pas encré, il est resté à l’étape de crayonné, un crayonné appuyé, texturé, ombré. On distingue légèrement les lignes de construction. En noir et blanc, la seule couleur utilisée est le rouge vif de la cape d’Herobear, l’étonnant ours en peluche de Tyler. Les vignettes, elles, se confondent régulièrement. Parfois, elles n’ont plus de cadre mais la lisibilité est toujours parfaite. Mais le doute est constamment de mise chez le lecteur : est-on dans les rêves de Tyler ou dans la réalité des événements ? Au-delà de son trait généreux, la grande force d’Herobear and the kid est de ne pas donner de réponse, d’ouvrir des portes, de proposer plusieurs niveaux de lecture, d’être métaphorique. Chaque lecteur, selon son âge, son vécu, interprêtera comme bon lui semble cette histoire d’ours en peluche. Un enfant s’attachera à l’action, aux péripéties de Tyler, au charisme d’Herobear. Il se projettera. Un adulte, lui, percevra les clins d’œil, les références. Il s’interrogera. Mais les deux publics, si différents soient-ils, s’émerveilleront de la même manière.

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L’air de rien, cette bande-dessinée estampillée «jeunesse» est d’une grande richesse. Parfaitement actuelle grâce à ses références évidentes à la culture pop américaine, mais distillées avec subtilité, l’histoire est intemporelle. Le thème et le trait risquent fort de traverser le temps sans prendre une ride. En lisant Herobear and the kid, on pense évidemment à Batman et Superman, à Tim Buton parfois, au design des années 50, à Super Ted, aussi. On se sent terriblement en sécurité dans l’univers créé par Mike Kunkel. L’ambiance y est douce et bienveillante comme celle d’un 25 décembre de notre enfance.
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Récompensé en 2002 et 2003 par le prix Eisner dans la catégorie «jeunesse», Herobear and the kid ne m’offre qu’une seule déception, celle de ne pas tenir sa promesse de dernière page : «Fin du premier cycle». Comme un enfant capricieux, je veux un deuxième cycle, j’exige que Mike Kunkel se remette à la bande-dessinée. Je l’implore de m’emmener dans une nouvelle aventure merveilleuse en compagnie de Tyler et de son ours en peluche… sous peine d’oublier mon enfance.

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