François Martinez, humoriste et magicien

François Martinez : escamoteur option déconneur

Alors sur le papier, la magie qui fricote avec l’humour, ce n’est pas ce qu’il y a de plus vendeur. Et si l’illusionniste porte de surcroît un nœud papillon en bois, on prend franchement peur. Mais ça, c’était avant. Avant que je n’assiste à quelques spectacles d’excellents escamoteurs et que je découvre que la magie peut être romantique, poétique et même comique si le show man sait manier l’émotion aussi bien que ses cartes. Je pense par exemple au québécois Vincent C. et ses sketchs humoristico-trash, bien loin du comique ringard des clowns truqueurs de cabaret, ou encore à Alain Choquette (aussi québécois, il faut croire que c’est dans les gènes là-bas) et ses performances « feel good ». Les deux nous prouvent que la magie est propice à toutes les variations et tous les styles, du moment que le performeur maîtrise son sujet.

Baltringue de l'amour, François Martinez nous raconte comment il a fait disparaître sa femme. Click To Tweet

 

Affiche du spectacle de François Martinez, magicien et humoristeEt François Martinez dans tout ça ? J’y viens. Spécialiste du close-up, le bonhomme allie à l’élégance de la manipulation, la gaieté de la blagouse sans prétention. Baltringue de l’amour, il nous raconte sur scène comment il a fait disparaître sa femme à coup de tronçonneuses volantes et de quelques lâchetés toutes masculines. Si la magie est bien la cause de leur séparation, elle sera aussi le moteur de leurs retrouvailles. Enfin, c’est ce qu’il espère… D’ici là, François a un public à contenter. Apparition d’un Big Mac, résurrection d’une canette de Coca et échanges salivaires sans contact, les tours affichent la couleur : une magie aux accents pop qui joue la proximité. L’atmosphère très café-théâtre des Blancs-Manteaux est idéale. Au-delà des bonnes chutes qu’il sort à point nommé, l’illusionniste est d’un naturel taquin et multiplie les passerelles de la salle à la scène. Ses « numéros » les plus réussis sont sans conteste ceux où il inverse les rôles : sur les planches un spectateur est seul dupe du simulacre dont le public se fait complice, pour le plus grand plaisir de l’emberlificoteur. De l’autre côté du miroir, l’émerveillement tient à si peu de choses. Mais l’ébahissement devant l’incompréhensible n’est finalement pas si éloigné de l’allégresse du fou rire, l’un et l’autre découlant de la surprise, qu’elle émerge d’un bon mot ou d’un geste habile. Au style généreux et badin de François Martinez, je dis oui !

 

François Martinez dans J’ai fait disparaître ma femme, mis en scène par Jocelyn Flipo, théâtre de Blanc Manteaux, Paris 4e

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