De l’intérêt littéraire du Code Rousseau

Le piège de l’ultra mobilité parisienne, c’est de ne plus pouvoir se déplacer une fois hors de la ville. La liberté de ne jamais avoir besoin de voiture conduit paradoxalement à une dépendance pitoyable lors de virées en province, dépendance à ceux qui, eux, l’ont : le permis ! Forte de ce constat de plus en plus alarmant au fur et à mesure des années, je me suis décidée (enfin!) à préparer cet examen maudit, source d’angoisses monstrueuses et pourtant obtenu par la quasi totalité de la population en âge de conduire, avec plus ou moins de facilité certes, mais débouchant toujours sur cette même conclusion : la délivrance du précieux papier rose.

Après m’être coupé un bras (pour l’apport) et avoir contracté un emprunt sur plusieurs générations, j’ai été admise dans le cénacle des aspirants conducteurs, une fratrie à la production hormonale délirante dont la moyenne d’âge ne dépasse pas 18 ans. En tant que vioque du groupe, j’ai le privilège du vouvoiement et de l’appellation « madame ». Si ça me fait plaisir ?… Plus que déterminée, je retrouve quotidiennement mes bébés camarades dans une salle exiguë qui sent la sueur et où, boitier électronique à la main, je m’adonne aux joies des QCM devant un écran à l’image étrangement teintée de vert qui me propose des mises en situation complexes. Heureusement, pour me mettre à niveau j’ai mon manuel pédagogique, l’Autoguide Rousseau, sorte de mémento de survie en milieu hostile, j’ai nommé : la route.

Plus habituée à lire des romans que la notice du four à micro-ondes, j’ai appréhendé l’ouvrage avec curiosité et candeur. Beaucoup d’images, peu de texte, je m’attendais à un contenu divertissant. Mais après plusieurs pages de va et vient entre les modes descriptifs, informatifs et injonctifs lourdement saupoudrés de conditionnel, j’ai commencé à perdre patience devant ce bouquin au champ sémantique aussi limité que la structure de ses phrases  et qui osait me donner des ordres tout en prétendant m’apprendre la courtoisie. Suite à ma recherche désespérée d’une signification cachée dans des propositions de type « Les panneaux de direction aident le conducteur à suivre un itinéraire », et à mes interrogations sur la profondeur de la fantasmagorie qui nous y est décrite (un univers où tous les conducteurs s’arrêtent lorsque le feu passe au orange), j’ai dû me résoudre à conclure que ce manuel ne touchait ni à l’humour, ni à la science-fiction.  Le guide Rousseau s’apparente aux premières semaines de la pratique d’un sport, lorsqu’on est porté par l’allégresse de sa propre exemplarité, mais au bout du compte, on finit toujours par tomber dans le pot de Nutella.

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1 commentaire a été rédigé, ajoutez le vôtre.

  1. Marc

    Tu m’as fait rire, Myriam 🙂

    Publié le 27 juillet 2015 à 07:22