Dans l’appart des Parisiennes

Il y a quelques mois, alors que je redescendais la rue Mouffetard un dimanche après-midi de farniente, j’ai eu l’excellente idée de faire escale dans une librairie de livres à prix réduits située rue Bazeilles, maison de la dernière chance pour les ouvrages voués au pilon. Je flânais sans grande conviction entre les rayons, certaine ce jour-là de venir grossir les rangs des badauds qui trifouillent la marchandise par désœuvrement, mais savent pertinemment que leur portefeuille restera fermé. Et puis, entre une encyclopédie sur le crochet et un bloc de 15 kg retraçant la bataille de Waterloo, gravures à l’appui, mon regard s’immobilisa sur une pile aux couleurs chatoyantes et girly à souhait. Des petits livres de 15 x 21 cm présentant des intérieurs de Parisiennes inspirées semblaient hurler leur espoir d’une prochaine adoption. Je les tâte, les feuillette et tombe aussitôt sous le charme de leur mise en page soignée et du foisonnement de photos toutes plus séduisantes les unes que les autres. A 3€ l’exemplaire, je rapte les deux références disponibles et file en caisse. Ravie de mes trouvailles, je resterai immergée entre leurs pages jusqu’à l’heure du dîner.

 

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« Le Déco des Parisiennes » et « L’Art de vivre des Parisiennes », éditions du Chêne

 

Si habituellement j’aime balader mon ennui dans un numéro de Campagne Décoration, je ne suis cependant pas cliente des livres trop souvent chers, lourds et élitistes de décoration d’intérieur. Alors d’où m’a été insufflée cette passion soudaine pour ces deux ouvrages ? Je dégagerai trois raisons à un tel engouement. Premièrement, la qualité et la beauté de leur facture. Maquettes aussi travaillées et séduisantes qu’un magazine, sélection photo chiadée, impression de qualité. Deuxièmement, le juste dosage entre le rêve et l’identification. Dans chacun de ces livres, des jeunes femmes amoureuses de la capitale ouvrent les portes de leur appartement et partagent leur mode de vie parisien. Du coup, le lecteur (ou plutôt la lectrice, il n’y a pas à tortiller ce sont vraiment des livres de nanas) se projette ultra facilement dans ces intérieurs souvent petits où la table basse sert aussi de bureau et le tabouret de mamie cohabite avec un canapé Ikea. En même temps, les locataires sélectionnées affichent un sens certain des couleurs et des volumes, ce qui donne des appart d’un cachet fou avec un budget déco dérisoire (un peu moins vrai pour L’Art de vivre des Parisiennes où les occupantes, plus installées, friment avec leurs 100 m2 dans le Marais) . Le résultat ? Un regain de motivation et de confiance en soi : « C’est beau ! Mais moi aussi je peux le faire !  » Enfin, troisième raison, une petite, toute petite part de voyeurisme. Oui, on aime voir comment c’est chez les autres, sinon pourquoi traverserions-nous cinq arrondissements chaque mois pour nous rendre à une pendaison de crémaillère où la demie absence d’électroménager nous promet un mousseux tiède ? C’est donc avec délectation qu’on scrute dans les moindres détails le cliché de la chambre de Virginie tout en apprenant qu’elle fait la grasse mat’ le week-end et qu’elle se déplace volontiers à bicyclette.

 

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Détail de « La Déco des Parisiennes », éditions du Chêne.

 

Après quelques jours de fusion avec mes deux trésors que je n’ai cessé de feuilleter matin et soir, et dont je crois alors être la seule détentrice (la naïveté du découvreur non éclairé), le temps de leur rangement en bibliothèque était arrivé. Ils faisaient désormais assez partie de mon quotidien pour être oubliés… Jusqu’à cet article paru dans le deuxième numéro de Flow, « Nos intérieurs vus de Tokyo », qui s’intéressait à une maison d’édition japonaise diffusant des livres sur la décoration des logements européens. Deux phrases et ça fait « tilt ! » : « Ces petits livres japonais de décoration attiraient l’œil. Beaux, d’un format facile à manipuler (15×21 cm, tout comme la plupart des livres de loisirs créatifs japonais) et remplis de photos d’une grande variété d’intérieurs, de boutiques ou d’ateliers. » N’y aurait-il pas un lien avec les deux ouvrages des éditions du Chêne ? Ni une ni deux, je saisis un exemplaire et cherche les mentions d’impression. Bingo ! La première édition est japonaise.

Je sillonne la toile pour plus d’info. C’est le blog Yummy Yo ! qui me donne la clef. Deux maisons d’édition se partagent le filon de ces petits livres addictifs : les Editions de Paris et les éditions Paumes. En France, si ces ouvrages comptent de nombreux fans malgré leur incapacité d’en déchiffrer les textes en VO, seules les éditions du Chêne semblent s’être lancées dans la traduction de deux d’entre eux (en 2011). Ma trouvaille dominicale s’inscrivait donc dans la fin d’un cycle éditorial sans merci commencé il y a 4 ans. Y aura-t-il d’autres tentatives de francisation de ces livres si « kawaii » ? J’en doute. Les deux premiers n’ayant pas été suivis de nouveaux titres, on peut conclure à une rentabilité insuffisante de l’opération. Les aficionados pourront toujours se procurer les versions japonaises, plusieurs adresses ayant perçu le potentiel (notamment ici).

Pour ma part, ayant beaucoup de mal à me contenter d’images seules, je continuerai à espérer qu’un jour, en passant dans une librairie de hasard, je tomberai sur un titre inédit traduit, parce que savoir qu’Emilie escalade chaque jour les six étages de son 30 m2 en location avec Arthur H dans les oreilles, hé bien ça me réjouit.

 

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Détails de « L’Art de vivre des Parisiennes », éditions du Chêne.

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