Crimson Peak : fascination et démesure

Sorti il y a tout juste une semaine, le nouveau film de Guillermo del Toro, Crimson Peak, exauce sans nul doute le fantasme de bien des cinéphiles adeptes des univers fantastiques aux teintes romantico-gothiques. Si son sujet même n’est pas d’une originalité folle – une riche héritière rêveuse, abusée par les rejetons d’une aristocratie moribonde -, sa réalisation est un condensé jouissif des meilleurs ingrédients du romantisme noir surmonté d’une touche d’épouvante, signature du maître.

Plongé dans un début de siècle bouillonnant où le déclic des tout premiers appareils photographiques côtoie le froissement voluptueux de robes monumentales encore sous le joug des corsets, le spectateur se laisse porter par le jeu délicieux des lumières chaudes et dorées d’une Amérique en pleine frénésie positiviste avant de chuter dans Crimson Peak - affichel’atmosphère glaciale et bleutée d’une vieille Europe aux mœurs dépassées. Les choix esthétiques de Guillermo del Toro, francs et sans concession, sont d’une outrance sublime qui trouve son apogée dans le manoir de Crimson Peak, bâtisse grandiose et bringuebalante vouée à l’ensevelissement dans l’argile rouge de son sous-sol. Les boiseries vermoulues craquent, le toit effondré laisse entrer les saisons, le vent s’engouffre dans les couloirs sans fin, les murs suintent d’une humidité rouge et malsaine… Cette maison est une extraordinaire chimère, un rêve de gosse nourri aux contes de fée cauchemardesques. Tom Hiddleston et Jessica Chastain y campent les parfaits propriétaires, séduisants, inquiétants, fascinants. Quant à Mia Wasikowska… Allez, enfonçons cette porte grande ouverte : lumineuse ! Tant de beauté, ça ne pouvait finir qu’en boucherie. Les fantômes, aussi dantesques soient-ils, font pâle figure devant un attirail hétéroclite d’objets qui tranchent, transpercent, cisailles et font gicler des hectolitres de sang. C’est spectaculaire… et rassasiant. Avis aux amateurs.

 

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