la troupe des Amazones, comédie de Jean-Marie Chevret, 2016, théâtre Daunou

Attachantes Amazones au théâtre Daunou

Comme je suis une blogueuse consciencieuse, avant de découvrir une nouvelle pièce, je fais l’effort d’ouvrir le dossier de presse qui m’attend sur ma boite mail. Effort minimal s’il en est, mais qui a le mérite de me préparer au « voyage ». Rien de plus déroutant que d’afficher la banane alors que se profilent trois heures de tragédie. Pour être apprécié, chaque genre mérite sa propre mise en condition.

C’est ainsi qu’un vendredi soir, veille de sortie théâtrale, je clique sur « télécharger » et lis non sans surprise qu’avec ses Amazones, l’auteur et metteur en scène Jean-Marie Chevret a fait un carton au théâtre Rive Gauche en 2003. La pièce a tenu l’affiche plusieurs années à Paris, en province, mais aussi au Canada, en Italie, Angleterre, Pologne… Ah bon ? Mais j’étais où à cette époque pour être totalement passée à côté du phénomène ? 2003… 2003… Ça me revient, j’étais enfouie sous mes manuels scolaires en pleines révisions du bac. L’excuse vaut de l’or. J’ai de quoi répondre à tous ceux qui se targueront de mes lacunes et personne ne me tiendra rigueur de débarquer au théâtre Daunou comme une fleur. Surtout, mon incapacité à me référer au trio initial constitué par Sonia Dubois, Fiona Gélin et Chantal Ladesou, servira cette nouvelle mouture en évitant l’écueil du « c’était mieux avant ». Alors ouvrons-le, ce rideau !

Affiche des Amazones, théâtre Daunou 2016Martine (Sonia Dubois) vient de se faire larguer par son mari après 20 ans de vie commune. Monsieur est parti avec une plus jeune. Le coup classique. Pour le réconfort, elle peut compter sur l’humour acide de Loïc (Hugo Leboeuf), étudiant qui loue la chambre de bonne juste au-dessus, mais aussi sur l’appui sans faille de son amie Micky (Marie-Bénédicte Roy), exemple de la femme indépendante à la carrière professionnelles flamboyante. Alors que dans un élan de solidarité féminine, cette dernière s’installe chez la triste délaissée, voilà Annie (Virginie Pradal) qui débarque. Son exubérance et son allure outrageuse marquent le début des réjouissances. Les retrouvailles des trois copines de jeunesse sonnent comme une déclaration de guerre à la gent masculine. Jusqu’à ce que Guillaume (Nicolas Van Beveren), splendide trentenaire, pointe le bout de son iris bleu azur et fasse voler en éclat le bastion féministe.

Habituellement peu portée sur le théâtre de boulevard, j’avoue m’être laissée prendre dans les filets de cette comédie qui, sans échapper aux canons du genre, arbore un texte bien tourné et des personnages attachants. Entre un Hugo Leboeuf frétillant et un Nicolas Van Beveren beau à tomber, nos trois amazones affirment leurs caractères. Sonia Dubois s’applique à dessiner la générosité de Martine. Marie-Bénédicte Roy révèle avec pudeur la fragilité cachée de Micky. Mais c’est bien Virginie Pradal qui récolte la grande majorité des éclats de rire du public avec l’hallucinante Annie. Il faut dire que le rôle de la bimbo quinqua adepte du crochet est truculent. Son blocage sur le canapé m’a presque valu une crampe des maxillaires, sans parler de ses tenues lunaires ni de ses postures improbables qui pimentent et malmènent gentiment le rythme régulier de scènes taillées sur le patron bien calibré d’une sitcom à la française. En d’autres mots : une pièce efficace !

 

Les Amazones, une pièce de Jean-Marie Chevret, mise en scène par Anthony Marty et Nicolas Vitiello ; avec Sonia Dubois, Virginie Pradal, Marie-Bénédicte Roy, Hugo Leboeuf et Nicolas Van Beveren ; théâtre Daunou Paris 2e

 

[Photo : BestImage]

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